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mercredi 25 juin 2008

Coup de coeur n° 11

Le déluge (de coups de coeur) continue !

Texte et image, deux traces de Boomerang...
Le texte est de Galaktion Tabidze et l'image de Vincent d'Eaubonne
გალაკტიონ ტაბიძე Gardons la pureté enneigée de notre âme.
Amis, je servirai jusqu'à mon dernier souffle
La seule sensation d'une joie sans pareille :
C'est que la poésie passe avant toute chose.

mardi 24 juin 2008

Coup de coeur n° 9

Encore un coup de coeur géant, dédié à tous ceux - ils sont nombreux -, petits et grands, de tous les pays, avec qui j'ai partagé au long cours de cette année qui s'achève cette immense passion du théâtre qui nous a unis si fortement et si bellement.
À tous ceux-là, je dédie ce petit poème de mon cru, illustré d'une photo de Vincent (tous ses clichés sont du même acabit...), que j'englobe évidemment dans ce coup de coeur collectif.

Et puisqu’il faut encor voir tomber le rideau
Et comme il faut alors il est pourtant si tôt
Abandonner la main toujours perdue d’avance
Accomplir le chemin pour affronter l’absence

Et toujours la lumière impitoyable reine
Désavouant l’acteur lui refuse la scène
À cette communion des regards enlacés
Renvoie soudain la nuit dans ses yeux affolés

C’était votre présence éloignant cet exil
Qui de la marionnette en a coupé les fils
Insufflait toute vie qui dès lors l’a quittée
Laissant là le pantin corps désarticulé

Pardonnez-moi ce soir mes amis de vous dire
Permettez-moi sans bruit de verser en vos rires
Cette ombre émerveillée du spectacle achevé
Qui m’est un souvenir plus cher que le passé.

5 juillet 1994

dimanche 10 février 2008

Stérile, infiniment

L'original date de mars 2007. Il a été intégré au texte de la pièce Et pourtant, les larmes..., créée à Nantes en octobre 2007, dans une version très légèrement différente. C'est cette version que j'ai choisie. J'aime beaucoup ce texte et j'ai envie aujourd'hui de le proposer à la lecture de tous.

Au vampire

Tous ces cous pleins de sang, sans visage et sans corps,
Tous ces morts deux fois morts, tombés aux champs d’oubli,
Dépouilles sans vie qui mortes t’aiment encor,
Ces cadavres exquis n’auront donc rien compris.

Qu’importe le flacon car même sans ivresse
Tu puises dans leur sang les vibrants soubresauts
Au goutte à goutte amer des baisers sans tendresse
Alimentant le feu d’un mortel renouveau.

La route de ta vie au tracé de leurs veines
Suit le chemin sans sel de ces instants sans goût
Semé de ces cous blancs abandonnés sans peine
Laissés là sans linceul comme autant de cailloux.

Et, lassé, solitaire, errant aux nuits sans Lune,
Tu chercheras sans fin le tout prochain cou blanc
Qui remplira ton corps sans combler la lacune
En toi : le cœur absent, stérile infiniment.

mardi 22 janvier 2008

MES voeux

Mieux vaut tard que jamais... Je m'en (re)viens souhaiter une très bonne année à la foultitude des lecteurs de ce blog. Mais cette fois, je ne me cache plus derrière les plus grands (voir message du 10 janvier). Voici donc un petit poème de voeu, qui a mis du temps à voir le jour. Commencé en décembre 2006, en prévision des voeux 2007, il a dormi presque un an, inachevé. Le voilà terminé. Il n'a rien perdu de son intemporelle actualité ! Quant à la photo, elle est toujours de Juju, qui est toujours ma fille, jusqu'à preuve du contraire...

La route

La route est folle aux jours fuyants, déboussolés
Par la cadence amère et sourde aux cris de peine ;
La route est douce à la lenteur d’un ciel de traîne
Quand le pas danse et se relance à son tracé.

La trace est sale et lourde et veule aux pieds crottés
Souillant sans voir le sol lavé de sa poussière ;
La trace est claire à la naissance avide et fière
De la lumière émue de voir l’ombre posée.

La pose est laide aux yeux rongés d’obscénité
Comme un fer rouge au charbon noir de désir rance ;
La pose est tendre au long baiser que la patience
Laisse mûrir à la splendeur tant espérée.

Le Temps nous ronge au cran d’arrêt de toute absence
Quand le pas lourd nous parle trop de ceux qu’on pleure ;
Le Temps nous berce au creux des bras qui nous effleurent
Quand la route est le précieux trait de leur présence.

Pour vous, très peu des uns
Mais tant et plus des autres

La pensée du jour

Elle est de Baudelaire et m'a été envoyée par Jean-Claude, l'un de mes amis. Je la trouve trop belle, et juste, pour ne pas la faire partager au monde entier !

La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse, car c'est par le rêve que l'homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné.
Les paradis artificiels
La photo est prise par Juju, ma fille, et vous y voyez Pauline,
l'amoureuse de mon fils.
On reste dans la famille quoi.

jeudi 10 janvier 2008

En guise de voeux

Un petit message à part, un petit cadeau affectueux à l'immense foule des fidèles lecteurs de ce blog, avec tous mes voeux pour cette nouvelle année qui s'annonce. Ces voeux, j'ai envie de vous les offrir comme un gros bouquet de fleurs multicolores, un bouquet composé de tous les souhaits possibles et imaginables, dans lequel vous n'aurez qu'à puiser pour composer votre petite brassée personnelle de souhaits enlacés du ruban de cette année, qui commencera ainsi toute fleurie. Et pour la bien entamer, je vais vous épargner pour cette fois-ci ma production personnelle. Je laisse la place au grand Charles, qui m'est cher, et à l'un de ses textes que j'aime particulièrement.

Enivrez-vous

Il faut être toujours ivre. Tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront : “Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.”
Charles Baudelaire

Et j'y ajoute en prime cette photo, prise par Marcel, un autre de mes amis. L'image m'a semblé si joliment résonner en écho avec ce poème que je me suis dit qu'il fallait en faire profiter tout le monde. Les correspondances n'ont visiblement pas fini de frapper, et Marcel non plus ! Vive 2008 !

dimanche 14 octobre 2007

L'homme invisible

L’homme invisible

L’homme invisible n’est invisible que pour qui cherche à le voir. Sinon, il n’existe même pas.

Il me faudra arracher une à une toutes les bandelettes qui s’enroulent à mes yeux autour de ce vide humain. Cette silhouette m’empêche de voir le paysage. Cette enveloppe rompt la ligne de l’horizon, la ligne de ma vie.
Lentement, désespérément, dérouler les signes palpables de son improbable existence ; ôter sans fin la gangue trompeuse de l’espoir, pauvre masque mortuaire qui s’obstine à grimacer en moi ; effacer les lignes blanches tissées de ce qui fut, de ce qui aurait pu être ; estomper les pauvres contours du fantôme un peu pâle ; et dévoiler, derrière l’empreinte gravée du mirage, l’unique réalité du vide. De ce qui jamais plus ne sera.
Mon regard enfin pourra suivre la course sans fin de l’horizon. Cette colline, le bosquet d’arbres qui frissonne, la courbe douce qui s’amorce d’une vallée, toutes les infimes variations qui ne dessinent au total qu’une ligne éternellement droite. Le tracé sera continu. Rien n’arrêtera plus en moi le trait infini de votre réalité.
La platitude harmonieuse.

L’homme invisible alors aura cessé d’exister.

Juin 1994

vendredi 12 octobre 2007

Spécialement pour JC

JC, c'est pas Jésus-Christ, c'est Jean-Claude, un vrai amoureux des mots...

Les mots

A ces mots emportés, ballottés, malmenés,
Tous ces mots dévoyés, indécemment vidés,
Ces mots qu’on a laissé se perdre sans retour,
Qui par trop méprisés ne sont plus un secours ;

A tous ces mots vendus, abandonnés, errants,
Dispersés par les vents et livrés aux tourments,
A tous ces mots mourants qui traînés dans la boue
Agonisent sans bruit, accablés de dégoût ;

Mozarts assassinés de n’avoir pu, l’espace
D’un son privilégié, dessiner une trace
Dans le silence ému de l’attente du chant,
Porter en eux plus qu’un déplacement de vent ;

A tous ces mots noyés sous le flot du verbiage,
Bâillonnés par les bruits, bavards, les cris — Ma rage
De les voir sans espoir sombrer dans le chaos
D’un monde où le discours égorge sans repos

Jusqu’à son propre enfant qu’il fait se prostituer,
Qu’il laisse au caniveau de son insanité
Pour mieux lui retirer dans sa triste démence
Le trésor avili dont il nie l’existence — ;

A ces mots-là, mes mots, à vous, mes seuls amis,
Dont la fidélité jamais ne m’a trahie,
Uniques compagnons qui m’avez tout donné,
Qui m’avez tout offert, et sans rien demander ;

A vous tous, vous sans qui je tenterais toujours,
Comme l’amant blessé quête encore l’amour,
Espoir désespéré, source à jamais tarie,
D’effleurer malgré tout l’impossible harmonie ;

A vous seuls, qui m’avez si souvent rassurée
Du vide étourdissant de la foi dérobée,
En me murmurant que, par l’encre de son sang,
La parole donnée jamais ne se reprend ;

A ces mots méprisés qui m’ont livré cent fois
Tendrement, doucement, et presque malgré moi,
L’évidence cachée mais par eux révélée,
Le sens enfin trouvé de la route éclairée ;

A ces mots je voulais, dans son exactitude,
Dire enfin l’essentiel, confier la plénitude
De leurs baisers posés qui pèsent sur ma bouche
De tout leur poids de sens, quand plus rien ne me touche.

Novembre 2000

mercredi 15 août 2007

"... comme on aimerait que le soit le pain"

Voici un petit texte, comme une feuille portée par le vent, en guise de remerciement à tous les auteurs des messages déposés dans ma boite aux lettres électronique ou ailleurs. Un petit texte qui, je l'espère, sera le préambule d'un réel échange par l'intermédiaire de ce blog. N'en disons pas plus pour l'heure... Il faut être plusieurs pour échanger, pour partager, "partager ces œuvres comme on aimerait que le soit le pain", ainsi que me l'écrivait naguère l'un de mes amis. Que serait la vie sans les amis ? Le texte qui suit parle des nuits sans souffle d'hier, la fragile éclaircie d'aujourd'hui leur doit beaucoup.

Le bateau

Il est des nuits profondes, où le noir du ciel et le noir de la mer ne forment qu'un unique et pesant fardeau qui emprisonne le bateau, perdu, seul, au milieu du désert. Et il est parmi ces nuits des nuits où le vent tombe, comme affaissé lui aussi sous le poids de l'obscurité. La voile devient vide de sens, sans souffle pour la gonfler, sans espoir pour l'emplir et la faire vibrer. Alors elle se replie et le bateau ne peut plus avancer. Il erre, seul, perdu dans sa nuit, balloté par les vagues qui le font danser et se jouent de sa fragilité. Le bateau pleure de cette danse dont il est le pantin étourdiment manipulé.
Mais pourtant dans ces nuits, il est aussi de tout petits points lumineux et tremblants. Ils étaient là, déjà, confiants et sereins, observant, bienveillants, le bateau avancer. Ils ont vu la voile se replier, et le bateau s'arrêter, ils l'ont vu se noyer sous le poids de son obscurité. Attentifs et inquiets, les petits points se sont tous mis à clignoter, plus fort encore, concentrant leur lumière pour la porter vers le bateau, et l'appeler, et lui montrer le chemin, lui indiquer le port qui l'attend, là-bas, dans le lointain. Mais tellement loin.
Le bateau les a vus. Et il sait dans sa nuit qu'il lui faut espérer. Dans cette terrifiante obscurité, les petits points fragiles ont gagné encore en intensité. Il en est des bleus, il en est des bruns, des verts aussi, des gris, et de très sombres. Certains sont ronds, d'autres plus allongés. Tous ont le même éclat. L'éclat de vos yeux.
Le bateau n'entend encore que le sinistre clapotis des vagues sur sa coque. Il ne peut que pleurer sa voile tristement repliée. Il ne peut que sentir le froid de la nuit envahir sans un bruit son pauvre corps épuisé.
Mais il pose ses yeux sur le faisceau lointain des petits points chaleureux qui clignotent sans fin, et sans jamais se lasser, qui appellent tendrement, et disent de tout l'éclat de leurs yeux colorés la chaleur apaisée que bientôt il pourra doucement regagner.

12 décembre 2000

jeudi 9 août 2007

Rire à larmes

Sur la marge de l’an une larme a coulé
De cercle en cercle en cercle une larme encerclée
A déposé sa plainte au creux de la fontaine
Qu’elle anime à l’écho silencieux de sa peine

Pour que l’Âne du Temps soit un peu mieux bâté
Il faut qu’à ce bassin il aille se bâfrer
Qu’il s’abreuve sans fin des instants qui reposent
Aux abonnés absents de la beauté des choses

Mais la Bête du Temps a tant bu que gavée
Ivre morte à craquer sa panse a explosé
Les larmes libérées du monstrueux empire
L’ont ridiculisé dans un éclat de rire

Novembre 2001

Ce poème a été mis en scène par Alexis Djakeli dans le spectacle Boomerang.

J’ai dit !

Maintenant, taisez-vous !

Je vais vous bâillonner, effroyables esprits !
Fantômes du présent et démons du passé
Qui confondiez mon souffle au linceul de vos lits,
Obscènes osselets, vous allez la fermer !

    Dégagez, je vous chasse !

Je sens votre amertume aux saillies de mon corps.
Mais la vague s’épuise et vous faiblissez, sales
Charognes qui m’usiez, sans répit, sans remord,
Sans jamais vous lasser. Vous voilà donc bien pâles !

        J’ajoute : A mort ! Crevez !

Intimes étrangers, votre clameur devient
Le râle d’agonie qui bave par ma bouche,
Le crachat que pour mieux savourer je retiens
Au tombeau qui sera votre dernière couche.

            De vous, c’en est fini !

Vous me masquiez la vie, je vous ai démasqués.
Je vous vomis, je vous renie, je vous maudis.
Vous me voyez comblée de me débarrasser
De la cadavrerie de vos pantins pourris.

                Dès lors, c’est moi qui parle !

Alors c’est comme un chant montant de la cellule,
Une voix solitaire éclairant sa nuit, comme
Une aube pacifiée aux yeux de libellule,
Un livre ouvert. Car je suis reine en mon royaume.

                    Et tout peut commencer.

Novembre 2001

Ce poème a été mis en scène par Alexis Djakeli dans le spectacle Boomerang.

La Lampe et le Papillon
(fable)

Le Papillon volait - toujours papillon vole -,
Se trouva trompe à bec de la Lampe à pétrole.
L’ardent lépidoptère en perdit la raison :
Notre grand Roi Soleil, Hélios et Phaéton
Près de votre clarté sont plus falots que Nyx,
Et je me fais l’effet d’un sinistre bombyx !
La robe pourpre et feu qui subit vos soupirs
Fait de vous, grâce aux dieux, le plus libre porphyre,
        Répondit poliment la Lampe,
        Priant que l’agité décampe.
L’avide Papillon frôle l’incandescent ;
Il se brûle un bout d’aile, il y revient pourtant.
        Sa fougue est son apocalypse
        Dont la Lampe sera l’éclipse
        A son pétrole défendant.
        L’insecte a le chagrin vibrant :
J’étais né pour le feu quand je suis la poussière,
Mais puisqu’il faut mourir, que ce soit de lumière.
Minute Papillon ! Délicat, lumineux,
Mordoré, libre et fier : que n’êtes-vous heureux !
Tente encor le quinquet pour parer le naufrage.
L’allumé parpaillot n’entend plus que sa rage,
Il volette et voltige à l’assaut du foyer,
Ivre du feu sacré qu’il voudrait capturer.
        Aveuglé du rayonnement
        Du pétroleux fanal fumant,
        Il s’y jeta, puis s’embrasa
        Si bien qu’il se carbonisa
        - Et paf ! - mi cendre mi fumée,
        Sous l’œil de l’idole, ennuyée.
Sort du bec de la Lampe en place d’oraison
Cette froide épitaphe à feu le Papillon :
Mieux vaut broyer du noir qu’en flammes rayonner
Et voir en soi le feu sans aller s’y brûler.

        La morale est affaire étrange,
        Plutôt deux qu’une nous arrange.
        Ces doctes mots sur le défunt
        Ne furent pas ceux de la fin.
Un sépulcral filet jaillit du tas de cendre,
Voletant et crachant à qui voulait l’entendre :
Faux phare emperruqué bon à jouer les catins,
Ce n’est pas à l’aveugle à montrer le chemin !

Octobre 2004

Désenchevêtrement

- Dis, quand viendra le jour aux fleurs de mimosa ?
    Et l’envol irisé des doux flocons de miel
    Sera-t-il ordonné sur la portée du ciel
    Enchanté de l’arpège ineffablement là ?

- Nul jour, nulle portée ; de l’ineffable, non !
    Cherche au-delà des cris du monde qui redoublent,
    Hérissements tordus de son trop-plein de trouble,
    Et l’arpège apaisé s’écrira de son nom.

- Verrai-je enfin la ligne épurée de sa gangue,
    Extirpée de ces cris, démêlée de sa nuit ?
    Trouverai-je la voie pour l’apprivoiser, puis
    Rire - RIRE - à l’éclat du trait qui se fait langue ?

- Et pourquoi la chercher puisque tu l’as déjà,
    Maintenant. Qu’attends-tu du passage de l’ange ?
    Etouffe le chaos, c’est ta voix qui te venge,
    Nos mots l’ont exhalé, le chant du mimosa :

    Tu le savais, l’enfin désenchevêtrement.

Octobre 2004

mercredi 8 août 2007

Crucifié

Il aurait pu lui dire alors : “Souffrir par toi,
Mourir en toi, derniers bonheurs que tu me donnes.
Et pour toi, pas à pas, sur ce chemin de croix,
Ma joie de tout donner quand c’est toi qui l’ordonnes.

Et mes pieds, et mes mains, mon ventre déchirés,
Goutte à goutte de sang, l’encre de cette offrande,
Et son cachet carmin, mon corps écartelé,
Signent le pacte au vœu qui me voulait exsangue.

Mes yeux vont se fermer sur tes yeux plein d’amour.
Ma certitude acquise à l’éternelle alliance
De ton regard posé tout comme au premier jour
Assure à la douleur la foi de ma confiance.”

Mais il a vu le ciel dévasté du regard,
Mais il a vu la nuit masquer de son absence
Le reflet bien-aimé dans ses grands yeux hagards.
Et l’horrible détresse au cœur de la souffrance

A sali le passé, torturé le présent,
Et l’ombre a recouvert les vieilles certitudes
Laissant le corps trahi de cet agonisant
Au doute éperdument, amère solitude.

Et si seul sur la croix il n’a pu que pleurer
En lui criant : “Pourquoi m’as-tu abandonné ?”

Juillet 2002

Ce poème a été mis en scène par Alexis Djakeli dans le spectacle Boomerang.

mardi 7 août 2007

Concours poésie

Concours L'Arée du littoral nord vendéen (7, chemin des Ormeaux 85630 Barbâtre - 02.51.35.74.15)
  • 2004, concours intitulé "La poésie, aujourd'hui", dont le thème était "la mer" : Comme au matin du monde, deuxième prix.
  • 2005, concours intitulé "La francophonie", dans la catégorie "acrostiches" : Désenchevêtrement, premier prix.
  • 2005, même concours, dans la catégorie "poèmes" : La lampe et le papillon, premier prix.

Comme au matin du monde

Sur la plage déserte, au fil de l’horizon,
Quand ce trait s’estompe et perd sa ligne jalouse,
L’osmose jaune et bleue pose la déraison
Du tendre camaïeu des couleurs qui s’épousent.

Le trait serait trop dur s’il n’était effacé
Par la brume qui fond sous la trace légère
De son doigt amoureux le tissu nuancé,
La délicate union du ciel et de la terre.

Et le jaune bleuté de la plage au réveil
S’abîme dans les bras de l’azur qui l’appelle
De son bleu presque blanc embrumé de sommeil
Dans un mélange heureux qui doucement les mêle.

Il n’est rien de tranché dans cet épanchement,
Mais tout est velouté comme au matin du monde
Quand la vie en ébauche aimait l’embrassement
De la fusion natale à la beauté féconde.

Le flot, émerveillé de ce couple enlacé,
L’accompagne, serein, de la douce caresse
De sa vague puisant dans le ciel reflété
Le fardeau de ce bleu transporté sans faiblesse.

Et la vague apaisée apporte au sable offert
Le présent régulier, le plus fidèle hommage
De ses baisers salés, perpétuant le transfert
Du miroir transgressé du ciel et de la plage.

Ce miracle troublant dit l’incroyable instant
Où le jaune et le bleu, le ciel avec la terre
Dans cette aube unifiée deviennent des amants,
Précaire affirmation de l’union des contraires.

Mais la chaleur du jour éloigne les couleurs.
L’horizon se refuse à la fusion qu’il nie,
Sa frontière sépare au fil de la douleur
Le ciel d’avec la terre, éphémère harmonie.

Pourtant il reste encore, au soleil accompli,
L’intense souvenir de l’aube, et son absence
Appelle de son gouffre à l’écho de son cri
La trace suspendue au creux de son silence.

L’âme alors se souvient de l’éternel matin.
Son chant s’élève, et monte, et l’improbable danse,
De l’algèbre aux pinceaux et des mots au divin,
Pacifie l’homme en quête, unifiant sa présence.

Décembre 2000 – mai 2004

jeudi 2 août 2007

Je n'écris pas pour plaire

Je n’écris pas pour plaire et quitte à tout vous dire
Je n’aime pas non plus la gloire de l’empire
De votre dictionnaire épuré, sans vigueur,
Aux mots aseptisés écœurants de fadeur.

Ne comptez pas sur moi pour prier au cantique
Unanime de la frilosité publique
Quand du bord de la lèvre il faut aller masqué,
La bouche en cul de poule, à coups de mots sucrés.

Je vomis ce sirop édulcoré qui coule
Anesthésiant la gorge avide de la foule,
Elixir juste bon à servir de bâillon,
Endormir les bébés et lubrifier les cons.

A choisir j’aime mieux les cris des barricades,
Ceux de haine et d’amour plutôt que la pommade
Ronronnante et charmante, au roucoulant débit
Susurré, qui toujours vient engluer la vie.

Mais le flacon parfois de l’apparence éclate,
La profondeur affleure au sens qui se dilate,
Qu’il conduise à l’enfer, qu’il mène au firmament,
Le verbe est essentiel quand il est hurlement.

Je préfère à tout prendre une pornographie
Salubre du langage à sa démagogie,
La violence des mots porte leur vérité,
Je ne veux les aimer qu’en allant les cracher.

Juillet 2001